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Octobre 2021Thomas Dunford, la tête dans les étoiles
​Septembre 2021 le blog du Pond, Bel-Air Claviers Festival 2021par E.W. Pond /12articles
Août 2021 Frank Braley, coup de poker par Robert Dompnier
Juillet 2021 Momo Kodama, réflexions poétiques par Robert Dompnier
Juin 2021 Jean Rondeau, de l'impermanence et du mouvement par Robert Dompnier

​021
July 2021
June 2021

Où irons-nous demain?                             Dans la musique...

15/9/2021

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Le blog du Pond (2) – James McVinnie au grand orgue de la cathédrale de Chambéry, entre chien et loup

14/9/2021

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Depuis le 15 avril 2019, on sait que les cathédrales ne sont pas faites de pierres mais de bois. On avait tendance à oublier que l’eau des sources y circulait au milieu de forêts immémoriales et de jardins délicats. C’était un peu la leçon de ce soir ! James McVinnie nous a invité à nous enforester, à l’heure où l’on ne sait plus très bien où mènent ces déambulations de péristyles. Avec Bach en bandoulière, pour repérer les empreintes, Messiaen à la frontale, Chalmin dans la musette et l’alcool fort de Muhly pour les moments de faiblesse, il nous a emmené explorer les ombres où s’endorment les cathédrales. On n’était plus chez Baudelaire mais chez Whitman et Thoreau, dans des vertiges de nuit sans lune où même la chouette ne sait plus qui elle est. La voute s’est étoilée des pelisses des meutes. Les piliers enflammés de lianes perforaient les rêves des bergers. Le chœur rutilait comme une toile de Monet, dans des velours sauvages. La grande bâtisse un peu raide reprenait sa vraie vie de nef audacieuse posée sur le dos de la création, avec ses labyrinthes inexplorés, ses niches surpeuplées, ses nostalgies d’arche et ses prophéties parfumées. La nuit soudain recommençait.
​
PS : j’ai raconté mon histoire de loup à Satie, le chien de David. C’est un adorable berger américain (miniature, parait-il, mais je ne voudrais pas qu’il le prenne mal). Il m’a fixé de son beau regard noir. Il hésitait à me croire. Mais il est jeune encore, il n’a que sept mois. Je le voyais perplexe : doit-on toujours faire confiance aux humains quand ils vous racontent des histoires, surtout des histoires de loup ? Il a fini par me demander : « Et comment savais-tu que c’étaient des loups ? » Il est doué pour son âge. J’ai failli me faire prendre. Alors j’ai pensé à une phrase que j’avais piochée dans mes lectures du jour, et je lui ai répondu, avec cet air du vieux sage qui se la joue un peu devant la jeunesse : « Il ne faut jamais douter de l’invisible. » (Aldo Léopold, Almanach d’un comté des sables, 1949) 

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James McVinnie

14/9/2021

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Photo Robert Dompnier
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Le Blog du Pond (1) : on vient de partout écouter la présentation du programme du festival

14/9/2021

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Jean m’avait dit : « Viens avec les loups. » Mais au chalet, avant de descendre à Chambéry, je n’avais trouvé que des écureuils farceurs, un beau renard qui traversait la pelouse à l’heure du crépuscule, un blaireau en peluche et une cigogne en bois. Ça ne ferait pas l’affaire. Alors je suis arrivé les mains vides. C’était l’heure de midi. Il y avait la présentation du programme du festival au parc du Verney. David Chalmin s’était installé au volant de ses drôles de machines. La ville résonnait différemment. Au bruit des terrasses sous passe sanitaire, aux rires des enfants qui jouaient derrière la grille de leur petite école, à la respiration un peu rauque du bitume et des granits à l’heure de la rentrée scolaire, se mêlait soudain l’air des cimes. C’était fragile et incertain, encore. Mais la pulsation se faisait sentir jusque sous nos peaux d’homme. Introït. On entrait en musique, on allait vivre en musique, la vie de cette semaine serait musique. C’est alors que je les ai vus. Au milieu des transats et des visages souriants, ils étaient trois, puis quatre, surgis des temps d’avant nos citadelles. Ils avaient retrouvé le chemin et les traces, grâce à cette musique qui, pour l’aventure, puisait loin dans le passé des sources – des vraies sources, soyons clair, pas des poussières d’archivistes, des grimoires, des parchemins, mais des sources où la terre se fissurait de jeunesse. Les loups s’étaient invités à la fête, alléchés par le grand festin des claviers que cuisinait Bel Air. Ils étaient revenus, intrigués, presque réconciliés. Indifférents à nos agitations, invisibles aux yeux des magistrats et des gens d’armes, ils écoutaient le grand air de la Terre que David et Jean essayaient de saisir.
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Bel-Air en images

14/9/2021

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Photo Robert Dompnier
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Le blog du pond - C'est la rentree

14/9/2021

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C’est la rentrée. Dans notre trousse d’écolier, nous avons glissé les dix bougies du Bel Air Clavier Festival qui approche. C’est l’heure des révisions. Il ne faudrait pas se trouver trop démuni dans ses premières heures de classe.
On pourrait commencer par revoir la nomenclature complète de tous les tuyaux du grand orgue de la cathédrale de Chambéry, depuis l’octavin et le bourdon du récit expressif, jusqu’à la bombarde et au clairon du pédalier. On en profitera pour relire L’Art du facteur d’orgues publié par Don Bédos entre 1766 et 1778, et se faire des petites fiches, au cas où. Et puis il faudrait aussi revoir les oratorios de Haendel, ses copies d’italien et ses inspirations baroques, ses reprises, ses pastiches, ses coups de génie, et tous ses opéras, bien sûr. Ce sera rapide, il n’y en a qu’une quarantaine, et ça nous permettra d’identifier la source de chaque air du concert de mercredi, de pousser des « o ! » et des « ah ! » et de glisser un clin d’œil entendu à son voisin, à sa voisine. Pour jeudi, le bagage sera léger, de Bach à Clémenti en passant par Mozart et Haydn, une toute petite page de l’âge classique, celle que l’on connait bien, c’est ce qu’on dit. Ainsi, au clavecin ou au pianoforte, on se glissera plus facilement dans l’époque des grandes transitions instrumentales. Après, comme on a la chance d’avoir Frank Braley, Bertrand Chamayou et Jean Rondeau sur le même plateau, il est recommandé d’écouter ou de réécouter la trentaine d’albums qu’ils ont publié à eux trois, bien se remettre leur son dans l’oreille, de leur tout premier disque à leurs récents succès. Savoir d’où ils viennent. Et puisque l’on en est aux vinyles et aux CD, les plus bosseurs, ceux qui buchent vraiment et ne veulent pas se laisser surprendre par les interros de la rentrée, parcourront toutes les versions discographiques des Variations Goldberg, avant d’aller les écouter à l’orgue. Pour aller plus vite, ils pourront peut-être s’en mettre deux en même temps, l’une dans l’oreille droite et l’autre dans l’oreille gauche, stéréo comparative en live. Enfin, pour départager les vrais bachoteurs, ceux qui seront éternellement les premiers de classe, et qu’on regardera avec admiration et dépit, il y aura la partie la plus technique, le coin des futurs polytechniciens : le minimalisme de La Monte Young et Terry Riley à Philip Glass et John Adams. Excusez du peu !
L’autre option, celle des abonnés du fond de la classe, près du radiateur, qui préfèrent jeter un coup d’œil sur les feuilles qui tombent et les préaux qui s’ennuient, c’est d’arriver les oreilles vides mais le cœur plein. Oui, se laver les oreilles d’une grande respiration silencieuse, et se préparer à accueillir le souffle des montagnes et le murmure des eaux, le bavardage des oiseaux et la douceur des sourires. Tout oublier des manuels et des écrits savants, des bibliothèques et des discothèques, des versions Machin-Chose et du concert de 1964 à la Philharmonie de Trucmuche. Arriver comme un enfant, avec les yeux immensément ouverts, et l’envie de rire et de pleurer, selon l’humeur des merveilleux artistes qui vont nous donner ça, c’est-à-dire tout.
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FRANK BRALEY …Coup de Poker !

19/8/2021

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Frank Braley - photo DR
Notre précédente rencontre s’achevait sur quelques gracieux kanji tracés par la non moins gracieuse Momo Kodama. Et voilà que nous reparlons aujourd’hui de kanji, de Japon aussi ; un amusant hasard. C’est une rencontre avec un autre pianiste, tout aussi fascinant, un poil atypique dans son parcours, très attachant… Mais ne brûlons pas les étapes. 
Tout commence d’abord par un long cheminement, par quelques interrogations et de nombreuses incertitudes… Le parcours de Frank Braley semblerait avoir été tout tracé, tant sa brillante carrière internationale le place aujourd’hui parmi les grands pianistes du moment. Tel ne fut pas le cas !​

​C’est par jeu qu’il débute le piano à 4 ans sur un instrument qui, finalement, n’est pour lui qu’un gros jouet. Et puis, cette approche du clavier lui permet d’imiter les élèves de sa mère, professeur et pianiste elle-même. Avec les années qui passent, le garçon ne s’intéresse d’ailleurs pas qu’au piano ; il débute aussi le violon, le saxophone, la batterie… tout en écoutant Iron Maiden, groupe anglais de « heavy metal », Téléphone ou encore AC/DC, célèbre ensemble australo-britannique de hard rock… Bref, tout un monde qui n’est pas vraiment celui de Mozart ou de Schubert. 
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D’ailleurs, la musique n’est pas son seul centre d’intérêt ; il se passionne aussi pour le foot, le judo et le tennis. Et, véritable aubaine, sa mère, aimante et compréhensive, ne lui interdit jamais d’aller jouer au foot avec ses copains. 
Dans le même temps, il est plutôt bon au piano et adore déchiffrer ; il aime lire des notes, jouer de la musique… ou jouer avec celle-ci...  Et notre artiste en herbe, un peu 
atypique, n’utilise d’ailleurs pas un joli cartable en cuir pour transporter ses partitions ; non, il préfère un sac avec un texte en grosses lettres « Peace and Love ». Un credo, peut-être, assumé très tôt.
A l’école, Frank Braley montre de grandes facilités pour les maths ou la physique et, très tôt encore, un intérêt pour l’astrophysique. Un éventail de capacités qui lui permet d’envisager de nombreuses possibilités d’études et d’avenir. Son adolescence se déroule normalement. Par chance – pourrait-on dire – il a loupé l’entrée au Conservatoire de Paris quand il avait 11 ans. Aussi, loin des horaires aménagés et du stress des cours et autres examens, il peut jouir d’une vie normale près de ses copains. Piano certes, mais aussi musique punk, hard-rock, pop, et sport, bien sûr, avec des matches de foot ou de tennis qui viennent ponctuer ses week-ends… 
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Tranquillement, louvoyant habilement entre ses passions, Frank Braley poursuit des études qui semblent le conduire tout naturellement vers une carrière scientifique. Oui, il se verrait bien astrophysicien et s’inscrit en Maths Sup. Parallèlement, il jette cependant les dés une seconde fois et réussit l’entrée au Conservatoire National Supérieur de Paris. Nous voilà en plein dilemme ; maths ou musique ? Pendant quelques années, il s’interroge et cherche une réponse à ce questionnement. Avec une sorte de conviction cependant : il ne croit pas au déterminisme. Soit il trouve sa place en musique, naturellement, soit il fait autre chose. Surtout qu’un certain destin paraît vouloir justement l’éloigner d’une carrière de pianiste. Il se casse un doigt un mois avant le concours international de piano de Genève et son dossier est refusé à celui de Dublin. Alors, las de trop d’hésitations, il effectue une dernière tentative. Comme au poker, il abat son jeu et, à 22 ans, décide de s’inscrire au célèbre concours de piano Reine Elisabeth. Ce sera pour lui un test. S’il est évincé, il retournera à ses études scientifiques. Dans tous les cas, ce sera une magnifique expérience qui lui permettra au moins de jouer avec orchestre le 4ème concerto de Beethoven, page qu’il affectionne particulièrement et qu’il a choisie de présenter en finale. Une folie - pensent ses professeurs - il n’a aucune chance, il n’est pas prêt. Comme au tiercé, les paris sont à dix contre un pour son éviction dès la première épreuve… 
Il passe cependant cette première épreuve et se retrouve sélectionné pour la suivante. Et ceci, jusqu’en finale. Dans sa tenue bien ajustée, il présente alors son 4ème de Beethoven. Face à de nombreux pianistes venus surtout montrer leurs muscles avec un concerto de Rachmaninov ou de Prokofiev, Frank Braley offre un programme totalement décalé où fraîcheur, musique et poésie sous-tendent chaque instant. Ce choix est presque une révolution dans ce type de rencontres mais le jury est totalement séduit, irrésistiblement conquis. Il accorde à Frank Braley le grand prix du concours Reine Elisabeth de Belgique, lui que d’aucuns cataloguaient d’outsider, presque de touriste… Et pour faire bonne mesure, Frank Braley s’accorde aussi le Prix du Public. 
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Frank Braley - photo Fabien Monthubert
 
​Cette fois, les cartes ont parlé ! Exit les interrogations et autres incertitudes ; le voilà propulsé, catapulté, mis en orbite (lui qui voulait être astrophysicien, ça tombe bien…) vers une carrière internationale. Il fait d’abord "La Une" des informations TV et des grands journaux à travers le monde, répond à des interviews, participe à des émissions ; le Reine Elisabeth de Belgique, ce n’est quand même pas rien ! C’est un passeport vers un monde nouveau et inattendu. A partir de ce moment, son quotidien n’est plus le même. Tout s’accélère soudainement ; de quelques concerts par an, il passe à quatre-vingt, voyage sur tous les continents, devient une personnalité connue et reconnue. Il constate d’ailleurs une sorte de métamorphose dans le comportement, dans le regard des autres. Véritable expérience humaine, riche d’enseignements pour qui sait en déchiffrer les arcanes sans se brûler les ailes. 

​Peu de temps après ce concours qui marque un véritable tournant dans sa vie, Frank Braley est invité pour des concerts au Japon. C’est l’éblouissement ! Alors que le public japonais tombe amoureux du pianiste français, ce dernier s’éprend du Pays du Soleil Levant. Il est séduit par la culture japonaise, par la beauté de la vieille ville de Kyoto, par les traditions, par la nourriture locale… ​A tel point qu’il décidera même, bien plus tard, d’en
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Temple shinto de Kyoto
apprendre la langue et l’écriture, se lançant dans l’art des kanji. L’idée de vivre au Japon dans un avenir proche, quelques mois ou quelques années simplement, n’est d’ailleurs pas exclue. Un pianiste qui parcourt le monde peut bien habiter n’importe où !   
Certes, Tokyo est une grande mégapole mais Frank Braley la trouve très vivable. Il la décrit joliment comme une sorte de nuée d’oiseaux où des milliers d’individus se frôlent sans jamais se toucher ou se heurter. Courtoisie et respect sont des valeurs ancestrales au Japon. On est loin des incivilités du métro parisien !

​Loin de la banalité du quotidien, une carrière de concertiste assure évidemment des moments de joie, d’euphorie et de belles décharges d’adrénaline. Elle offre une densité incroyable à de nombreuses journées. Mais cette vie est également sinusoïdale, faite de contrastes. A l’enthousiasme des concerts succèdent parfois des instants de grande solitude, des moments où il faut savoir reprendre une vie normale, souvent banale, savoir travailler chez soi, aller au marché, payer ses impôts. Frank Braley avoue que des années sont nécessaires avant d’apprivoiser ces incessants changements d’états. 
Mais il en est ainsi ; la musique est une véritable « Voie » dans laquelle notre artiste s’est fondu. A la manière des rituels tibétains, chaque concert est une sorte de mandala. Il nécessite souvent un long travail pour un instant « t ». Et à la sortie du concert, tout est fini. La tension, l’énergie, l’élan qui sous-tendaient la préparation de cette soirée s’effondrent et disparaissent. Comme dans un mandala où les sables de couleurs sont dispersés au gré du vent ou dans un cours d’eau. 
Devant cette impermanence des choses, ce côté fugace, on comprendra combien la gestion du moment présent est capitale dans un concert. Être là sur scène, totalement présent dans la phrase, dans la note même qu’on est en train de jouer. Parvenir à cette présence est un travail exigeant mais qui conduit à une plénitude, à des états de grâce où tout coule et où l’artiste a l’impression « d’être » la musique. 
Et après ? Comme Frank nous l’a mentionné, soit on surfe sur cette plénitude et on parvient à un dépassement de soi… soit on retombe dans la banalité du quotidien pour se retrouver face à ses limites. Une grande leçon de philosophie et une expérience à méditer. Frank qui est un lecteur assidu fait d’ailleurs référence à Jack Kornfield et son ouvrage tellement adapté à notre discussion « Après l’extase, la lessive ». Tout est dit ! Ouvrage qu’il retrouve dans sa bibliothèque et qu’il a la gentillesse de m’offrir… 
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A cet effort solitaire du récital qui, pour reprendre l’exemple du sport, pourrait rappeler un peu le marathon, Frank Braley aime opposer les sports collectifs : ceux de la musique de chambre pratiquée entre amis. Voilà des vrais moments de bonheur ; on rit, on s’engueule et on vole ensemble vers des horizons insoupçonnés. Et quelle joie de jouer avec des personnes qu’on aime et qu’on a choisies ! Une véritable récompense et un plaisir sans limites. 

Après les hésitations et les incertitudes de son adolescence, Frank Braley a trouvé naturellement sa voie ; celle du piano et de la musique... Jusqu’à de nouvelles interrogations, peut-être ? 
                                                                                           Robert Dompnier

Note : Frank Braley sera présent pour la 10e édition du Bel-Air Claviers festival et participera au concert du vendredi 17 septembre au théâtre Charles Dullin.
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MOMO KODAMA… Réflexions poétiques

21/7/2021

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Momo Kodama - photo DR
C’est par une belle matinée du mois de juin que Momo Kodama me fixe rendez-vous à la terrasse ombragée d’un café parisien. Quel plaisir de retrouver cette immense pianiste ! Son dernier récital à Bel-Air, en septembre 2020, reste un souvenir exceptionnel avec son interprétation des « Vingt regards sur l’Enfant-Jésus » d’Olivier Messiaen. Dans cette œuvre d’une difficulté technique redoutable, Momo Kodama nous avait donné une version engagée, contrastée, faite de tendresse et de puissance, de mysticisme et de violence. Une œuvre aux ordonnances multicolores dont elle fut une inoubliable interprète. Elle avait d’ailleurs eu la chance de recevoir les conseils ô combien pertinents – et pour cause – d’Yvonne Loriod, et se souvient des nombreux moments touchants passés avec elle dans le travail de préparation et d’élaboration de cette partition du grand compositeur français…
Si elle sait développer au piano une fougue inattendue et une surprenante énergie, Momo Kodama est aussi une personne discrète et particulièrement douce, aux manières élégantes et raffinées qui témoignent de ses origines et de ses racines japonaises. Née à Ozaka, elle arrive cependant en Europe dès l’âge de un an. Et c’est en Allemagne qu’elle débute le piano. Assez jeune, bien sûr, mais sans savoir et sans imaginer pour autant que la musique puisse devenir un jour son métier. D’ailleurs, à 10 ans, elle rêve plutôt d’être danseuse, ou médecin peut-être… Elle aime bien les maths. Elle se voit également hôtesse de l’air ; Momo qui avait évidemment déjà pris l’avion, trouvait que les hôtesses semblaient tellement gentilles...
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Mais, avec le talent et, bientôt, les premiers concerts, une carrière musicale s’impose tout naturellement. Et même si sa prestation Salle Gaveau à l’âge de 12 ans n’est peut-être pas le plus grand récital de sa carrière, la voilà avec le pied à l’étrier. 
​Germaine Mounier avec qui elle étudie dès l’âge de 13 ans au Conservatoire de Paris lui apprend la rigueur, la fidélité au texte et l’approche raisonnée d’une page afin que les choses sonnent de manière naturelle. Elle aura son Premier prix au CNSM à 16 ans !
Les professeurs qu’elle rencontre plus tard l’incitent à ne pas démarrer trop tôt une éventuelle carrière et les concerts qui en balisent le chemin. Elle se souvient avec affection des cours de Tatiana Nicolaïeva, musicienne généreuse et véritable exemple de vie, qui lui enseigne l’amour du son, du beau son, au delà de ses nombreux conseils éclairés. Tout comme ceux de Vera Gornostaïeva avec qui elle travaille pendant quatre ans de manière particulièrement intensive.
Il faut ajouter que sa formation n’aurait peut-être pas été complète sans l’émulation créée par le cadre familial et notamment par sa sœur Mari (de cinq ans son aînée) qui joue également du piano ; pages à quatre mains, œuvres pour deux pianos les unissent ou les confrontent. Les choses se révèlent parfois difficiles entre deux sœurs ; les répétitions sont ponctuées de cris et de partitions qui volent... Mais une complicité naturelle et une affection réciproque l’emportent toujours et c’est avec émotion et amusement que Momo Kodama me parle de ces souvenirs de jeunesse.
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Momo Kodama - photo DR
Ses racines se trouvent au « Pays du Soleil Levant ». Bien que vivant à Paris, elle reste attachée aujourd’hui encore aux valeurs et aux croyances traditionnelles du Japon ancien, notamment celles du shintoïsme dont l’enseignement nous invite à davantage d’ouverture et de réceptivité à la beauté du monde et au miracle de la nature. Dans l’époque tourmentée qui est la nôtre, ces notions parfois oubliées sonnent comme autant de sages et nécessaires rappels.
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Momo Kodama conserve d’ailleurs dans son appartement parisien quelques kanji, magnifiques calligraphies tracées de la main d’un prêtre bouddhiste du Daian-ji, l’un des sept grands temples de la période Asuka à Nara. Ce kanji qui se prononce « wa » évoque le cercle, l’anneau, l’harmonie… dans les rapports humains notamment.
On peut méditer longtemps sur la beauté du tracé et sur le sens profond de ce caractère japonais.
Ce respect des traditions du Japon lui a été transmis par ses parents bien sûr, par son père notamment qui, bien que dans la Finance, adorait la musique et la nature. L’héritage paternel est bouddhiste ; l’héritage maternel est chrétien. Je ne suis donc pas surpris lorsque à ma question « Si vous n ‘aviez qu’un seul livre à emporter sur une île déserte, quel serait-il ? », Momo Kodama n’hésite pas ; « La Bible » me répond-elle. Elle me décrit l’ouvrage comme étant particulièrement inspirant pour elle. Les grands récits de la Bible – chef-d’œuvre inépuisable - peuvent se lire à divers niveaux et peuvent s’interpréter de différentes façons. En dehors d’une question de foi pure, ces textes deux fois millénaires permettent à chacun de réfléchir, de se ressourcer et de retrouver sa véritable place. Belle réflexion !
Au-delà de cette indispensable lecture régénérante, Momo Kodama adore la littérature et la poésie. Les auteurs russes d’abord, Tolstoï ou Dostoïevski qu’elle lit et relit régulièrement : Anna Karénine, les frères Karamazov, l’Idiot… autant de pages dont la dimension psychologique et la force des images l’ont toujours fascinée. A ces ouvrages russes, il faut ajouter les textes japonais, bien sûr, la poésie allemande et la littérature française aussi. Momo Kodama aime sans retenue les pages de Victor Hugo ou de Paul Verlaine. 
Mais Momo Kodama n’est pas que musicienne de talent ou adepte inconditionnelle de littérature. Elle vit en France et se régale de pain français, de fromages et de bons vins ! Voilà qui peut nous réjouir. Elle a d’ailleurs apprécié d’être invitée au prestigieux festival de Saint-Emilion qui n’oublie jamais d’offrir quelques grands crus aux artistes ! De quoi bien arroser des dîners entre amis. Car notre pianiste adore faire la cuisine et préparer quelques bons mets pour sa famille et ses proches. Ces soirées sont l’occasion de rencontres et de partages, ingrédients indispensables à une recette du bonheur chez Momo Kodama. Ingrédients d’autant plus nécessaires que le piano reste un instrument solitaire la plupart du temps. Mais Momo Kodama aime la solitude ; elle aime se retrouver seule avec son piano, son plus proche ami au quotidien. Et puis, il y a toujours la musique de chambre qui tient également une place importante dans sa vie. En petite formation ou en orchestre, elle prend notamment du plaisir à jouer Mozart pour son élégance et son côté parfois théâtral. On se souvient de ce très bel album avec le 23e concerto de Mozart enregistré sous la direction de Seiji Ozawa, lui qui montra le chemin à beaucoup et fit les premiers pas d’un japonais en Occident et à Paris. Le grand chef d’orchestre rappelait d’ailleurs parfois combien il est nécessaire d’avoir des racines quelque part pour se sentir libre partout. Une formule qui convient également certainement à notre amie Momo Kodama.
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Momo Kodama - photo DR
Et les projets alors ? Ils sont nombreux. Concerts classiques, musique de notre temps… Momo Kodama, dédicataire de plusieurs pages de musique contemporaine, tient à réserver dans sa vie d’artiste une place suffisante aux compositeurs d’aujourd’hui. Les Européens, les Américains, les Japonais aussi : le langage de Takemitsu ou de Hosokawa avec cette sensibilité à la nature et ce rapport au temps lui parlent énormément. 
Elle considère comme une grande chance d’avoir des compositeurs toujours vivants. Leur œuvre n’est pas quelque chose à part ; c’est juste le prolongement, la continuité d’une histoire, d’une tradition musicale née il y a fort longtemps et qui poursuit tout simplement son chemin.
Momo Kodama pense également aujourd’hui à l’idée de transmission, de partage. Au-delà de master-classes où elle est invitée régulièrement comme professeur, elle songe davantage à un enseignement enraciné quelque part et à une transmission pérenne. On le souhaite à tous ces futurs élèves qui auront un jour la chance de travailler avec elle. 
A l’issue de cette belle rencontre parisienne, je laisse Momo Kodama conclure avec ce petit texte en japonais qu’elle a eu la gentillesse de rédiger à l’attention de tous les auditeurs des Rencontres Artistiques de Bel-Air…
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Petit texte qu’elle me traduit quand même et dont voici le sens : « En me réjouissant à l’idée d’une prochaine rencontre… »         
                                                                                          Robert Dompnier
 
Note : En Streaming ou sur Youtube, retrouvez de beaux extraits des concerts ou interviews de Momo Kodama.
 
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JEAN RONDEAU … De l’impermanence et du mouvement

29/6/2021

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Concert à Chambéry - Photo Robert Dompnier
​Dans l’un de ses derniers enregistrements, opus intitulé Barricades, Jean Rondeau nous entraine avec son compère Thomas Dunford et quelques artistes talentueux dans l’univers poétique et mystérieux des musiques françaises des XVIIe et XVIIIe siècles. Tout un monde de subtiles nuances et d’atmosphères diaphanes telle que l’évoquent les sublimes « Barricades mystérieuses » de François Couperin. Ce disque passionnant nous donne peut-être quelques indications sur la personnalité du claveciniste Jean Rondeau et sur sa passion. Une passion à conjuguer au pluriel en vérité ; passion sans fin pour la musique, pour la découverte, pour les gens et pour la vie. Voilà un beau Credo. Dans le même temps, la musique semble rester pour lui un mystère, un éternel questionnement dans lequel le doute reste inscrit en filigrane entre les notes, entre les portées du texte musical. C’est ce que Jean Rondeau révèle d’ailleurs dans le livret accompagnant son CD et dans l’interview qu’il nous accorde : « Il en est de même du mystère de la musique, dont le sens s’éloigne à mesure qu’on pense s’en approcher ». De quoi méditer !

Il a appris la musique très tôt, vers 5 ans, comme on apprend à lire, se plongeant d’abord dans ce monde jouissif comme dans un jeu d’enfants. Sans penser que ce jeu deviendrait pour lui celui d’une vie. Sans se poser de questions sur l’avenir.
« Ce sont les avantages de l’enfance - dit-il. A 10 ans, je vivais dans le présent, avec un rapport sain à celui-ci, sans projection vers un quelconque avenir, sans planification ou calculs sur le futur. En revanche, j’avais envie d’apprendre plein de choses, en musique notamment. Mon seul rêve était de poursuivre la musique, d’en faire, ou plutôt d’en jouer. Jouer de la musique, jouer avec la musique… ».

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Amour de la musique. . .  et des patins à roulettes. - photo DR
Belle ambition pour ce jeune garçon. Aussi, il n’a jamais connu de sensation de rupture. Juste une longue partition qui se déroule, presque inexorablement, avec ses joies, ses opportunités, ses rencontres merveilleuses. 
Un avenir tout tracé. Si le questionnement n’existait pas à 10 ans, il est, en revanche, peut-être davantage actuel, parce que les choses deviennent forcément plus intellectualisées, plus pressantes lorsqu’on en a 30.
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​Inutile de revenir sur son brillant début de carrière et les prestigieux concours qu’il a remportés (Diplômé du CNSM de Paris, Grand prix au concours International de clavecin de Bruges (2012), lauréat de celui de Prague, Révélation Soliste instrumental aux Victoires de la Musique (2015)… Mais là n’est pas l’essentiel. Jean Rondeau ne se penche pas sur le passé… Comme la musique elle-même, il est toujours en mouvement ; il avance et jouit du présent. En revanche, il chérit l’idée de reprise, de ressac, de rumination comme il l’explique lui-même. Parlant de son travail avec Thomas Dunford dans ce fameux disque Barricades, il poursuit : « Nous cherchons à passionner par le ressac de la redite et non à convaincre par le verbe. Nous sommes des ruminants du geste-passion, des flibustiers de la joie. Voilà ! ». Revenir sur un texte musical, sur une phrase, sur un enchainement d’accords et les repenser, les redire avec des mots, des émotions nouvelles, une sensibilité qui a évolué. D’un concert à l’autre mais aussi à l’occasion d’un même récital lorsque ces musiques du XVIIe ou du XVIIIe siècles utilisent la formule du refrain et du rondeau (sans majuscule celui-là). C’est l’idée de revenir sur un thème mais qui, lui aussi, vit de sa propre vie, évolue, se transforme, se dit en d’autres mots au fil du discours, au fil des idées, des émotions de l’artiste et de celles du public. Car, pour Jean Rondeau, chaque concert, chaque enregistrement est une façon de créer du lien avec les personnes qui l’écoutent, un lien presque métaphysique avec le public des salles de concert ou celui des auditeurs anonymes écoutant sous ses doigts, Bach, Rameau ou Scarlatti par le truchement d’une chaine Hifi ou du dernier smartphone.

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Concert à Chambéry - photo Robert Dompnier
Parmi toutes ces émotions transmises et partagées, il faut parler de la mélancolie qui fait l’objet de son dernier CD intitulé Melancholy Grace. Jean Rondeau mélancolique ?
​« Ah, mais pas du tout » m’affirme-t-il. En revanche, le concept le passionne. Cette mélancolie tellement présente chez les musiciens du XVIIe siècle représente un lien, un affect commun entre des compositeurs. Aussi, le thème du lachrimae rendu populaire par John Dowland va ensuite se promener dans toute l’Europe. Notre artiste s’est intéressé à cette idée qui s’est concrétisée sous ses doigts dans ce dernier enregistrement.
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​Au point de départ, un virginal italien de 1575 et une magnifique copie par le facteur Philippe Humeau. Deux instruments qui lui ont permis de rendre pleinement justice à ces musiques anciennes avec leur charme  unique et leur mélancolie sous-jacente, une musique pleine de surprises et de cascades d’ambiguïtés harmoniques. « Une musique qui se joue de nous ou qui joue avec nous » comme l’artiste le note lui-même.

J’indique d’ailleurs à Jean que le livret de ce CD, texte qu’il a lui-même rédigé, m’a demandé plusieurs lectures avant d’en comprendre tout le sens. Cela le fait sourire…
« Oui, peut-être, admet-il. J’ai essayé de donner quelques clés, quelques moyens d’approche à ces œuvres du passé mais de façon émotionnelle, ni technique, ni méthodologique. Lorsque je parle de tierces (notamment dans le type d’accord des instruments), de sixtes (dans la ligne musicale), je veux parler des couleurs, des émotions, des affects procurés par ces intervalles ».
Jean Rondeau ajoute d’ailleurs que ce livret, peut-être un peu touffu ou technique reconnaît-il, doit être lu et relu. Nous y voilà à nouveau : toujours ce principe de relecture, de redite, de rumination... Et puis, il s’appuie sur Nietzsche pour étayer son propos ; le philosophe qui soumit à un doute radical tout l'acquis de la pensée occidentale, nous demande lui aussi de lire, de relire et de relire encore…   
Jean Rondeau aime ce philosophe, tout comme il aime Spinoza. Peut-être pour cette identification entre Dieu et la Nature. Ladite nature, ou ce qu’on appelle nature, en tous cas loin de toute dualité ou rapport anthropocentrique, ce « vivant », dirons-nous, tient également une place importante dans la vie de notre artiste.
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Jean Rondeau, Thomas Dunfort et Keyvan Chemirani- photo Robert Dompnier
Si la mélancolie a été le thème de son dernier enregistrement, la joie, elle, fait partie du quotidien de Jean Rondeau. Il aime la nourriture, toutes les nourritures rencontrées au cours de ses voyages, les bonnes choses et les bons vins. Ce concept de la joie est quelque chose qu’il affectionne particulièrement, de façon très instinctive, très émotionnelle. En musique, cette joie est une sorte de réponse sensorielle aux pages d’un Bach ou d’un Scarlatti. Là encore, on se rapproche d’une notion liée à la philosophie et au concept de joie chez Spinoza, sorte de ressort essentiel pour avancer et réussir. Pour Jean Rondeau, cette joie est tellement importante qu’elle en devient presque un outil à tous les niveaux : physique, intellectuel, mystique…
Il confirme ce propos dans son CD intitulé  Dynastie et consacré à la famille Bach :
« M’accrochant aux étoiles puisqu’il semble bien qu’elles seules connaissent la réponse, je m’abandonne à cette joie qui nous dépasse, le seul langage qui puisse rendre compte de la musique, sans la sortir de sa matière, de son propos, sans la trahir ».
​Les idées, les notions, les concepts exprimés par le claveciniste au cours de notre interview sont nombreux, trop nombreux. Mes doigts doivent courir sur le papier sans trouver l’aisance de ceux de Jean Rondeau sur le clavier de ses instruments… Quelle interview passionnante cependant ! Je n’ai malheureusement pas la place de retranscrire toutes ses réflexions et autres pensées. Peut-on d’ailleurs ôter complètement le voile recouvrant un personnage attachant mais également complexe et mystérieux ? Je veux cependant conclure la retranscription de notre rencontre par cette belle idée que l’artiste me développe.
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Jean Rondeau - photo Shura Rusanova
Parlant d’une manière plus générale de méditation ou de yoga, Jean Rondeau voit en ces approches une sorte de réflexion, de chemin qui nous aide à avancer. Réflexion qui permet d’accepter que les choses arrivent en dehors de tout contrôle. Dans un monde très anthropocentrique, le yoga par exemple (loin de l’image erronée souvent donnée en occident), nous invite à comprendre et non à contrôler. Histoire de remettre les choses en place et nous offrir l’opportunité d’un rapport plus sain au monde vivant. Sorte d’approche spirituelle, il permet de saisir nos moments d’émotions, de regarder, de contempler le monde qui nous entoure ; tout semble alors plus fluide.
Dans le même temps, méditation et yoga peuvent être un véritable chemin. Chemin qui permet de prendre du recul mais aussi de se perdre pour mieux se retrouver, pour mieux se recentrer. Ils nous offrent introspection et écoute de soi pour mieux appréhender, peut-être, l’invisible qui s’amuse de notre conscience souvent infantile.
 
Finalement – et je vois que c’est déjà ma seconde conclusion – je retiens de ma rencontre avec Jean Rondeau l’idée que la musique ne peut pas être enfermée dans quelque chose de clos, de statique. Est-ce pour lui une référence à certaines institutions un peu poussiéreuses et surannées ? Pour notre claveciniste, la musique est mouvement, questionnement, doute parfois mais joie toujours dans un éternel recommencement. Surtout lorsqu’il est devant un clavier, observant d’un œil coquin, copain, ces notes qui dansent et chantent en chœur.
Robert Dompnier

​Jean Rondeau participera à la 10e édition du Bel-Air Claviers festival et nous propose plusieurs concerts en récital ou en ensemble entre le 14 et le 19 septembre 2021.
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UN NOUVEAU BLOG BEL-AIR

15/6/2021

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Pour fêter ses 10 ans, le Bel-Air Claviers festival prend un nouvel élan et vous réserve de nombreuses surprises à l’occasion de sa prochaine édition qui se déroulera du 14 au 19 septembre 2021.
Dans le même temps, l’équipe renforce sa communication avec de nouveaux partenariats et vous proposera désormais un blog à retrouver deux fois par mois. Ce blog vous apportera des informations sur l’univers musical de Bel-Air, concerts, rencontres, mais aussi sur le monde de la musique en général. Vous retrouverez ainsi des articles illustrés sur la musique baroque ou la musique de notre temps, sur des nouveautés discographiques ou sur la facture instrumentale. Des interviews et des rencontres avec les artistes que vous connaissez, que vous aimez et qui ont contribué au succès du Bel-Air Claviers festival au cours de ces dix dernières années viendront compléter ce blog.
Aussi, dans les prochaines semaines, ne manquez pas les interviews que nous avons réalisées tout récemment ou que nous réalisons ces jours avec Jean Rondeau, Thomas Dunford, Léa Desandre, Momo Kodama, Frank Braley ou Keyvan Chemirani. Ces artistes vous dévoileront leur univers musical mais aussi leurs passions, leurs souvenirs ou leurs projets. Des rencontres intimistes, chaleureuses et qui, nous le souhaitons, vous permettront de découvrir sous un jour parfois nouveau des musiciens dont vous avez aimé les récitals, les concerts ou les disques…
Premier rendez-vous avec Jean Rondeau, directeur artistique du Bel-Air Claviers festival, le 28 juin prochain. Une autre approche de la musique...
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Photo Wigmore Hall
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